Success stories

Cette Malgache a créé le premier manga français

Jenny Rakotomamonjy marque l’histoire de la bande dessinée française en créant Pink Diary, le premier manga français. Son oeuvre est éditée chez Delcourt, une grande maison d’édition française de bande dessinée, de comics et de mangas. La talentueuse dessinatrice d’origine malgache se confie à nous dans une interview exclusive. Découverte…

Bonjour Jenny. Merci à toi de nous accorder cette interview.
Bonjour, merci à toi de porter attention à mon travail.

Peux-tu te présenter aux Koolnautes ?
Eh bien, bonjour à tous les Koolnautes. Je m’appelle Jenny, j’ai 27 ans et je suis l’auteure de Pink Diary, premier shôjo manga français édité chez Delcourt. J’ai appris le dessin en autodidacte. Je dessine depuis toujours, si je puis dire. Lorsque j’étais en fac d’arts plastiques, j’avais pris une option bandes dessinées. J’ai pu apprendre beaucoup auprès de Séra (« la Terre et l’Eau » aux éditions Delcourt) qui était notre professeur. Cette intermède BD était une bulle d’air pour moi dans mes études d’arts plastiques. Quand j’ai finalement pu intégrer l’école des Gobelins (Paris 13ème), j’y ai suivi une formation de 2 ans pour apprendre le métier de l’animation. Après avoir obtenu mon diplôme en tant que dessinatrice d’animation, j’ai co-réalisé mon premier court-métrage avec Antoine Antin, Le Papillon (BiboFilms). Nous avons reçu le prix du Jury Junior Canal J lors du festival d’Annecy 2002. Par la suite, j’ai intégré le studio Marathon Animation pour y faire du character design sur Martin Mystère, et du story-board sur Totally Spies. En Janvier 2005, je commençais à travailler sur mon manga, Pink Diary.

Tu es la nouvelle coqueluche des médias en ce moment. Comment gères-tu ce succès ?
Il est vrai que ces derniers temps, j’ai beaucoup été sollicitée par la presse et les médias. Pour quelqu’un comme moi qui a toujours travaillé dans l’ombre, c’est une expérience plutôt étrange. En commençant Pink Diary, j’étais bien loin de m’imaginer tout ça. Mais Delcourt voulait donner le plus de chance possible à mon projet en faisant une promotion très large. J’ai donc dû apprendre à gérer mon image au travers des magazines, des télés et des radios. Je ne suis d’ailleurs pas vraiment à l’aise avec tout ça. Avec toute cette promotion, je me rends compte que si je ne fais pas un peu attention, je pourrais perdre le contrôle. Et ça me fait très peur que les gens se fassent une fausse idée de moi.

Quel effet cela fait-il de savoir qu’on est le premier auteur-dessinateur d’un shôjo en français ?
Au départ, je n’en avais pas du tout conscience. A dessiner toute la journée chez moi, je restais bien au chaud dans ma petite bulle. Maintenant que le premier tome est sorti, j’ai eu pas mal de retours de la part des lectrices et lecteurs. Je suis vraiment très touchée par leurs messages de soutien et surtout parce que beaucoup me disent que désormais, ils ont l’espoir de pouvoir aussi devenir Mangaka. J’ai ouvert une voie et cela me rend fière. Grâce à mon lectorat, je sais que tout ce travail n’a pas été fait en vain. Par ailleurs, je suis aussi très heureuse d’avoir pu réaliser mon rêve et de faire ce projet tel que je l’ai voulu.

Comment t’es venue cette passion du manga ? Pourquoi ne pas avoir opté pour la BD traditionnelle ?
Depuis toute petite, j’adorais dessiner des petites histoires d’amour. J’en ai fait un paquet ! Lorsque j’ai découvert que les dessins animés japonais que je voyais à la télévision existaient aussi en BD, ce fut une révélation pour moi. Je découvrais un nouveau genre de bandes dessinées que je ne connaissais pas. Dès lors, à force d’en lire (et au départ en VO non sous-titrée), j’ai voulu moi aussi essayer de raconter mes histoires sous cette forme. J’ai donc dessiné mon premier manga à 14 ans. Pendant toute mon adolescence, j’ai travaillé sur ce projet dès que j’avais un moment de libre. Si je n’ai pas opté pour la BD franco-belge, c’était parce que c’était un moyen d’expression qui ne me correspondait pas du tout.

Est-ce que tu as des modèles ?
Le premier mangaka qui m’a inspirée est Masakazu Katsura (Video Gril Ai, DNA2, I’S, etc…). Il a beaucoup marqué mon travail à l’époque où les éditions Tonkam se sont lancées dans la traduction de manga japonais en français. D’autres auteurs tiennent aussi une bonne place dans mon cœur : Tsukasa Hojo, Kosuke Fujishima, les studios CLAMP, Mitsuru Adachi, Rumiko Takahashi, Naoki Urasawa, Takeshi Obata, Ai Yazawa, Miwa Ueda, etc… Les auteurs de shonen m’ont surtout influencée graphiquement, tandis que les shôjo m’ont beaucoup inspirée scénaristiquement parlant.

Parle-nous de la naissance de Pink Diary. De quoi t’es-tu inspirée pour écrire le scénario ?
Pink Diary existe dans ma tête depuis plus d’une dizaine d’années. Avant ce projet, j’avais dessiné une histoire (dans un format un peu particulier) dont les héros étaient les parents de Tommy et Kiyoko. Une fois ce projet terminé, j’ai eu envie de raconter l’histoire de leurs enfants. Voilà d’où vient Pink Diary. C’est au fil des ans, de mon vécu, de mes lectures, des séries ou films que je voyais que mon histoire s’est peu à peu construite dans ma tête, pour finalement se préciser lorsque j’ai monté mon fanzine Chibimag.

Comment s’est passé ta rencontre avec les éditions Delcourt ? Tu as eu des difficultés pour trouver un éditeur ou c’était plutôt facile ?
J’ai soumis mon projet lors du Festival Delcourt qui avait lieu à Bercy Village en Septembre 2004. J’y avais un stand pour notre fanzine. Pour moi, c’était l’occasion de présenter un projet de BD un peu particulier pour le marché français puisqu’il s’agissait de faire du manga. Pour être bien honnête, je n’y croyais pas tellement. Je me doutais que les éditeurs seraient assez frileux face à un tel projet. Mais j’avais envie d’essayer. A ma grande surprise, Thierry Joor (directeur littéraire) a été titillé par Pink Diary. Par la suite, de disscussions en disscussions, il m’a proposé un contrat. J’étais aux anges, et ce que je croyais impossible devenait réalité. Je pense que j’ai eu de la chance d’être arrivée au bon moment. Un an plus tôt, on m’aurait peut-être bien fermé la porte.

On va maintenant centrer l’interview sur ton pays d’origine si tu veux bien. Quels sont tes rapports avec Madagascar ?
Ayant quitté le pays très très jeune, je n’ai que très peu de souvenirs (et pas les plus glorieux). Les rares fois où j’y retourne, c’est essentiellement pour voir la famille, car une grande partie est là-bas.

Et que penses-tu de la BD gasy ?
J’aurais beaucoup de mal à t’en parler, car je ne connais aucune BD malgache. Je me souviens juste d’une BD que je lisais lors d’un de mes séjours à Mada. Je ne me rappelle plus le titre, mais il me semble que c’était le prénom du héros de l’histoire. Je ne pourrai rien dire sur l’histoire puisque je ne comprenais pas. Graphiquement, on aurait très bien pu voir ce genre de projet dans la bande dessinée franco-belge. C’est tout ce que je peux dire.

A quand le manga « made in Mada » by Jenny ?
Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour.

As-tu des projets en rapport avec Madagascar ?
A part pour retourner faire un voyage et rendre visite à ma famille, il n’y a pas grand chose à signaler. Ah si ! Mais c’était plutôt un rêve de jeunesse. A l’époque je me disais que si un jour je devenais très riche, je créerai des villages pour les Malgaches. Il y aurait tout ce dont ils ont besoin : infrastructures scolaires, médicales, habitations neuves, etc…. Avec ce projet, je voulais donner une chance à la jeune génération, afin qu’elle ait tous les moyens pour trouver un travail et gagner leur vie. J’avais envie de donner un coup de pouce pour que les plus pauvres puissent avoir une vie décente et réaliser leurs rêves. Je me disais que cela pourrait peut-être apporter la prospérité au pays. Je sais, je sais…. Je suis une grande idéaliste !

Et tes autres projets à long terme ?
J’espère bien pouvoir continuer à faire ce métier aussi longtemps que possible. J’attends de voir ce que ça donne auprès du public. Même si cela ne devait pas marcher, je pense que je continuerais, peut-être pas au même rythme. Mais mon envie de raconter des histoires est trop forte pour renoncer aussi vite. En faisant ce métier, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma place au soleil.

Un petit message à Koolsaina.com et aux Malgaches du monde entier qui te lisent ?
Je ne parle pas beaucoup malgache mais misaotra betsaka pour tout votre soutien. Bonne lecture !

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2 Commentaires
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Nino Pillar

j adore ces mangas

Harry Sergueïevitch

pourquoi pas ,premier manga malagasy ??

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