VIDEO. Ce Malgache dirige un ensemble vocal international en France

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Juriste de formation, Ritz Rakotomalala fait partie de ces élites malgaches expatriés en France. C’est aussi un grand musicien (pianiste) et compositeur. Sortant du Conservatoire de Cachan (94) et d’Evry (91), Ritz a créé l’Ensemble vocal international « Sebastian Wesley ». Découvrez le parcours de ce jeune musicien talentueux, ambitieux et travailleur acharné en interview exclusif pour Koolsaina.com.

On vous connaissait pianiste, comment êtes-vous devenu chef de chœur ?
C’est grâce à Mozart ! En fait, je suis tombé dans la musique chorale un peu par hasard. Quelques élèves du conservatoire où j’étais (Evry) avaient été appelés pour constituer et renforcer un chœur qui avait pour projet de monter le Requiem de Mozart. Je me souviens, le chœur était dirigé par Laurent Goossaert, et c’était tout simplement génial ! Depuis, je suis resté dans le milieu, j’ai chanté dans de très nombreux chœurs de tout niveau, puis j’ai fini par prendre des cours de direction et j’en ai été diplômé.

Vous êtes le fondateur et directeur artistique de l’Ensemble Vocal Sebastian Wesley, j’imagine que créer un chœur n’a pas été chose facile ? Quels sont les obstacles qu’on peut rencontrer ?
Je dirais qu’il y a deux types de difficultés. D’abord, il y a les aspects très pratiques : qui recruter ? où recruter ? sur quels critères ? où va-t-on répéter ? à quelle fréquence ? etc… Et quand on commence, quand on n’a pas encore de renommée ou bien lorsqu’on est un parfait inconnu du milieu, les candidatures des bons chanteurs et les propositions de concerts n’affluent pas forcément.


L’autre catégorie de difficultés, c’est évidemment le financement des projets. En ce qui concerne le chœur Wesley, je tiens absolument à ce que les musiciens chanteurs qui en sont membres limitent au maximum leurs frais. Donc il n’y a pas de cotisations à l’Association, il n’y a pas de frais de partitions et, pour ceux qui viendraient de loin, je souhaite qu’ils soient toujours remboursés de leurs frais. Sur certains projets, ils sont également rémunérés. Donc les aspects comptables sont absolument cruciaux, mais pas toujours faciles à anticiper.

Pas de cotisations, pas de frais de partitions, remboursement des trajets… Comment financez-vous tout cela ?
Le premier réflexe était de nous tourner vers les collectivités publiques en adressant des demandes de subventions. Mais on déchante assez vite parce qu’on fait rapidement face au profond désintérêt des collectivités publiques pour notre activité. C’est bien simple, sur les nombreuses demandes de subventions que nous avons adressées depuis 2010, nous avons perçu exactement… 0 €. Alors bon, nous adressons toujours nos demandes chaque année, par principe, mais là où nous sommes implantés administrativement, notre domaine d’activité n’intéresse pas les collectivités publiques.

Alors face à cela, nos interlocuteurs privilégiés, ce sont le public lui-même, les mécènes et les sponsors musicaux privés. Ils sont bien plus attentifs et il faut alors développer à leur égard une relation vraiment personnalisée. Il faut les rencontrer, leur parler de notre chœur, de nos projets. Et, même si la loi dit que leur acte de générosité ne doit rien attendre en retour, il faut toujours leur proposer un retour symbolique comme des CD offerts, des entrées libres à nos concerts, une mention spéciale sur le site internet ou sur les programmes, etc… Notre appel au mécénat est donc permanent et tous les soutiens sont bienvenus. Vous savez, même un simple « like » sur notre page Facebook est déjà important pour nous.


En recrutant vos amis, vous ne rencontrez pas des difficultés ?
Si, au début ! Ce qui est dur c’est de devoir imposer une distance un peu soudaine dans nos relations. C’est pourtant une distance indispensable quand on a la qualité de chef de chœur. Voilà pourquoi, le choix de recruter des amis est une solution qui ne peut être que provisoire. L’avantage c’est que vous les connaissez, ils sont musiciens et l’équipe se complète assez vite. Mais cet avantage peut devenir vite un inconvénient, car si vous êtes leur ami, vous pouvez rencontrer toutes les difficultés à imposer votre légitimité. Il y a des incorrections qui s’expriment plus facilement entre amis et on perd parfois le sens du professionnalisme, que ce soit du côté du chef ou du côté du choriste ! Mais si on n’a pas le choix, il faut apprendre à le gérer, à s’autogérer et à fixer les limites de l’acceptable…

J’ai vu que vous composiez beaucoup pour les choeurs ! Comment devient-on compositeur ?
Alors là je ne sais pas ! Je pense qu’on le devient d’abord parce qu’on en a envie et surtout parce qu’on y travaille ! Il faut se chercher, voir si on est capable de s’inspirer de ce qu’il y a autour de nous…

Et concrètement, comment ça se passe ? Comment compose-t-on ? Quels types de textes vous inspirent le plus ?
Je pense personnellement que tout doit venir du texte. Quand un texte vous plaît, vous pouvez essayer de le mettre en musique. Au moins neuf fois sur dix, la mise en musique est ratée. Ça ne marche jamais du premier coup. Mais la fois où vous tenez quelque chose, il faut l’exploiter. Le texte est déjà une musique en lui-même. Donc quelque part, le mettre en musique c’est déjà le dénaturer. Alors bien sûr, j’utilise ce que je connais, des choses qui sont enseignées dans les Conservatoires : le rythme d’un texte, la recherche des appuis, la diction….

Tiens, par exemple, le simple mot « rions » peut trouver deux appuis différents ! Dans un cas, il va sonner comme une injonction, dans l’autre plutôt comme une invitation. Après, tout est affaire de choix… Et puis surtout, travailler sur papier. Il n’y a rien de pire qu’une tentative de composition sur ordinateur, le contact avec la musique doit être réel, physique, sensoriel… Sinon, je n’ai pas vraiment de style de texte favori. J’ai déjà mis en musique des poèmes, surtout anglais, des discours, notamment le fameux « I have a Dream » de Martin L. King. J’ai même essayé de mettre en musique les 17 articles de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen… je n’ai jamais terminé.


Vous vivez en Europe mais vous avez aussi la nationalité malgache, fréquentez-vous beaucoup cette communauté ?
Non, pas beaucoup. Je ne fréquente cette communauté que très occasionnellement et même pour tout dire, j’ai très peu d‘amis malgaches. Je pense que le revers de l’intégration réussie dans une société étrangère, c’est qu’on a tendance parfois à s’éloigner un peu de ses propres origines. Et vous savez, j’étais très jeune quand j’ai quitté Madagascar, j’avais 8 ans ! La dernière fois que j’y suis allé c’était en 2008, à l’occasion de l’enterrement de mon grand-père maternel. Il était ma seule véritable attache affective là-bas.

Pour finir, avez-vous des projets pour Madagascar ?
Non, pas dans l’immédiat. J’ai bien pensé à emmener le chœur Wesley là-bas, mais c’est un véritable chantier organisationnel et financier à envisager alors, ce ne sera pas pour tout de suite. Un des projets que j’avais imaginé accomplir un jour, c’était celui de créer un Chœur National de Jeunes (CNJ) à Madagascar. J’ai fait partie pendant 5 ans du CNJ en France (dernier mandat en 2013). Au-delà de l’expérience humaine et musicale inoubliables qu’on y vit, c’est aussi un groupe de jeunes chanteurs qui, consciemment ou pas, sont ambassadeurs de leur pays dans le monde et qui d’une certaine façon rendent honneur à leurs compatriotes. Malgré tout, à Madagascar, j’ai des doutes sur le succès d’un tel projet qui ne correspond pas, pour ce que j’en sais, à la culture locale où l’activité chorale est, hélas, le monopole exclusif des églises.

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