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Quand un simple « tondro molotra » suffit pour vous transformer en « escroc »

A Madagascar, un simple doigt pointé peut suffire à détruire une réputation. Une dénonciation, sans preuve, sans enquête sérieuse, sans contradictoire… et voilà qu’une photo circule, accompagnée d’un avis de recherche pour escroquerie. Nom, visage, informations personnelles exposés au grand public. La sanction sociale tombe avant même que la justice ne commence.

Où est passée la présomption d’innocence ?

Dans un Etat de droit, la présomption d’innocence protège chaque citoyen contre l’arbitraire. Elle garantit que l’on n’est pas coupable tant que la culpabilité n’a pas été établie. Mais trop souvent, la pratique semble s’éloigner de ce principe fondamental. Une accusation devient une vérité officielle. Une rumeur prend la forme d’un avis de recherche.

Ce mécanisme est d’une violence extrême. Car une fois la réputation salie, il est presque impossible de la restaurer. Les réseaux sociaux relaient. Les proches doutent. Les clients se détournent. Les partenaires s’éloignent. Le soupçon colle à la peau, même si l’innocence est ensuite démontrée.

Le cas de de l’entrepreneuse Vero Vero

C’est ce qui est arrivé à Vero Vero, entrepreneuse dans le secteur de la coiffure. Accusée d’escroquerie, elle a vu son nom, son image et ses données personnelles partagés par la gendarmerie nationale. Pourtant, elle affirme disposer de preuves et dénonce une situation bien différente de celle présentée.

Dans sa réponse, elle explique avoir refusé des conditions financières qu’elle juge abusives : un taux d’intérêt de 40 % par mois. Selon elle, lorsque son activité prospérait, ses partenaires se présentaient comme associés. Et lorsque les difficultés sont survenues, ils se seraient transformés en créanciers exigeant des conditions insoutenables. Elle affirme également posséder des échanges et des éléments attestant de pressions et de menaces.

Qu’on la croie ou non n’est pas la question centrale ici. La question est la suivante : une personne doit-elle être publiquement désignée comme escroc sans qu’une enquête approfondie et contradictoire ait établi les faits ?

Des « Wanted » basés sur de simples accusations

La multiplication d’avis de recherche fondés sur de simples déclarations pose un problème grave. Elle ouvre la porte aux règlements de comptes personnels, aux conflits commerciaux instrumentalisés, aux jalousies transformées en procédures pénales.

Le danger est immense : l’institution censée protéger devient un amplificateur d’accusations non vérifiées. Or, la force d’une autorité publique réside précisément dans sa rigueur, sa neutralité et son respect des droits fondamentaux.

Publier les données personnelles d’un individu sans décision judiciaire définitive est extrêmement grave et constitue un délit. C’est une exposition qui peut entraîner harcèlement, pertes économiques, atteinte durable à la dignité. Et lorsque l’innocence est prouvée, qui répare ?

Et si cette affaire faisait jurisprudence ?

On ignore encore si Vero Vero engagera une action en justice pour diffamation ou pour divulgation abusive de ses données personnelles. Mais si elle parvient à démontrer son innocence et à établir que les publications étaient infondées, son affaire pourrait marquer un tournant.

Elle pourrait rappeler que l’Etat a des obligations. Qu’il ne peut publier, afficher, accuser publiquement sans base solide. Elle pourrait ouvrir la voie à une réflexion profonde sur les pratiques actuelles et mettre fin aux « Wanted » abusifs basés sur de simples « tondro molotra ».

Défendre la présomption d’innocence, c’est défendre chaque citoyen

Aujourd’hui, c’est une entrepreneuse. Demain, cela pourrait être n’importe qui. Un commerçant, un salarié, un artiste, un voisin, un frère, une soeur. Exiger le respect de la présomption d’innocence, c’est protéger les citoyens honnêtes contre l’arbitraire. C’est exiger des institutions qu’elles soient à la hauteur de leur mission.

Le combat pour les droits fondamentaux commence toujours par des cas concrets. Peut-être que celui-ci deviendra un signal fort.

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1 Commentaire
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Analyste

Il suffit qu’elle arrête de se maquiller et personne ne la reconnaîtra. LOL

Blague à part, c’est vrai que c’est grave cette manie de publier des avis de recherche juste sur des « on dit ».

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