Un rapport accable le régime d’Andry Rajoelina et révèle des dérives financières
Un rapport récent de la Cour des comptes de Madagascar dévoile des pratiques financières inquiétantes sous le régime d’Andry Rajoelina. Réalisés en seulement quatre mois par 40 magistrats, ces audits portent sur la période 2020-2025 et mettent en lumière des irrégularités massives dans la gestion des fonds publics.
Le rapport révèle l’existence d’un compte occulte au ministère de l’Economie et des Finances, utilisé par la présidence. Ce compte échappait à tout contrôle parlementaire et n’était pas prévu dans les lois de finances. Alimenté par les crédits non dépensés des ministères, il a reçu environ 900 milliards d’ariary (188 millions d’euros) en dehors de tout circuit officiel.
Tafita Razafimanantsoa, Procureur général de la Cour des comptes, qualifie ces montants de « colossaux ». Selon l’enquête, les fonds étaient utilisés de manière arbitraire pour couvrir toutes sortes de dépenses, y compris le matériel pour les forces de répression lors des manifestations de septembre et octobre 2025.
Les magistrats parlent d’une véritable capture des finances publiques au profit d’intérêts privés proches du cercle d’Andry Rajoelina, notamment à travers des dépenses pour la Polyclinique d’Ilafy, propriété de l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga. Aujourd’hui détenu à Maurice, il est considéré comme un acteur central du régime déchu.
Le rapport met également en évidence des abus dans la passation des marchés publics. Les procédures officielles, qui exigent la publication d’appels d’offres, ont été souvent contournées au profit de marchés de gré à gré. Cela a conduit à des paiements massifs effectués avant la réalisation des prestations, entraînant des préjudices financiers significatifs pour l’Etat.
Une autre découverte préoccupante concerne le patrimoine de l’Etat, notamment les véhicules de fonction. Selon l’audit, 409 véhicules ont disparu, notamment au sein du ministère de la Population et des Solidarités et de ses directions régionales. Bien que ces véhicules soient encore enregistrés comme appartenant à l’Etat, ils n’existent plus physiquement.
Les magistrats ont également analysé des projets phares de l’ère Rajoelina, dont le téléphérique d’Antananarivo, financé par un prêt français et arrêté depuis septembre 2025. Un autre projet, la ville-nouvelle Tanamasoandro, prévu à 30 km au sud-ouest de la capitale, devait désengorger Antananarivo. Mais les études de faisabilité n’ont pas été menées correctement. Le coût global et le financement n’ont pas été définis et 32 milliards d’ariary (6,7 millions d’euros) ont été dépensés sans que les travaux ne commencent.
Ce rapport rendu public révèle une gestion opaque, des fonds publics détournés et des projets abandonnés. Il pourrait servir de base à de futures enquêtes approfondies à des fins de poursuites judiciaires contre l’ancien président français de Madagascar, Andry Rajoelina, et ses complices identifiés.
