Suicide de Narovana : son père veut poursuivre les créateurs japonais de Death Note
Plusieurs mois après le suicide de Narovana, une adolescente de 13 ans décédée le 14 janvier dernier, son père poursuit son combat judiciaire contre ceux qu’il estime responsables du drame.
Plusieurs acteurs malgaches du monde du manga ont récemment affirmé avoir reçu une plainte de Rova, le père de la jeune fille. Ce dernier a toutefois tenu à apporter des précisions. Selon lui, la plainte déposée vingt jours après le décès de sa fille ne visait pas les groupes ou associations liés à la culture manga, mais les personnes ayant vendu et diffusé Death Note à Madagascar.
Rova considère en effet que le manga et son adaptation animée ont joué un rôle déterminant dans le passage à l’acte de sa fille. Le père de famille affirme également avoir engagé des poursuites contre les créateurs de l’œuvre, le scénariste japonais Tsugumi Ohba et le dessinateur japonais Takeshi Obata, ainsi que contre les producteurs de l’anime et les distributeurs du manga à Madagascar.
« Je poursuivrai tout le monde, jusqu’au bout, car d’autres enfants risquent de perdre la vie à cause de cela si personne n’agit », a-t-il déclaré. Son objectif est d’obtenir l’interdiction de Death Note sur le territoire malgache.
Une procédure qui s’annonce complexe
Au-delà de la question de fond, la démarche judiciaire soulève plusieurs interrogations.
Les auteurs de Death Note sont des ressortissants japonais et l’œuvre a été créée, publiée et produite au Japon. Une éventuelle action judiciaire contre les créateurs de la série pourrait donc se heurter à d’importantes difficultés liées à la compétence des juridictions et à l’exécution d’éventuelles décisions à l’étranger.
Mais le principal obstacle pourrait être ailleurs : démontrer l’existence d’un lien direct entre l’œuvre et le suicide de l’adolescente.
Selon plusieurs informations rendues publiques après le drame, Narovana avait laissé dans son journal intime de nombreux écrits témoignant d’un profond mal-être. Elle y avait notamment dressé une liste de 99 raisons de mourir. Ses notes personnelles évoquaient également son homosexualité ainsi que son désir de changer de sexe.
Ces éléments laissent apparaître une souffrance psychologique complexe et multifactorielle. Or, rien dans le scénario de Death Note n’aborde ou ne promeut spécifiquement l’homosexualité ou la transition de genre.
Par ailleurs, les connaissances scientifiques actuelles ne soutiennent pas l’idée que l’orientation sexuelle puisse être acquise par simple influence culturelle ou médiatique. Dans ces conditions, établir que l’œuvre serait à l’origine du suicide de l’adolescente paraît particulièrement difficile.
La démarche engagée par Rova risque donc de se heurter à un manque de preuves permettant d’établir un lien de causalité direct entre le manga et le décès de sa fille. Les éléments connus du dossier pointent davantage vers un mal-être préexistant que vers l’influence exclusive d’une œuvre de fiction.
L’affaire continue néanmoins d’alimenter le débat sur l’influence des contenus culturels auprès des mineurs et sur le rôle des parents dans l’accompagnement des adolescents confrontés à des situations de détresse psychologique.

